Permutations - Exposition à l’espace Ruine du 31 octobre au 4 novembre 2018

 

Née en 1963 en Ethiopie, Caroline Sahlé a suivi l’Ecole des arts décoratifs de Genève. Aux écoles d’art, elle préférera l’expérimentation en atelier dans des domaines aussi divers que le dessin académique, le modelage ou la gravure. Mais elle avoue avoir aujourd’hui une préférence pour la peinture et la photographie, même si, sur le plan technique, on perçoit encore son intérêt pour la gravure. A travers son travail photographique, Caroline Sahlé développe depuis quelques années une œuvre subtile dans son identité et sa cohérence ; une œuvre qui rayonne du plaisir de fixer le minéral et le végétal, motifs de prédilection de l’artiste.

Dans ses différentes séries photographiques, imprimées sur un papier Hahnemühle Photo Rag de 308 g/m de belle qualité – gage de l’exigence de l’artiste, Caroline Sahlé détourne le sens de l’image et nous questionne sur sa signification. Elle défie ainsi l’objectivité de son propre médium, la photographie étant, de tous les arts visuels, le plus apte à représenter le réel. En magicienne romantique, l’artiste choisit plutôt d’accorder une place privilégiée à l’imagination et à la force créatrice de la nature.

Ainsi, la série intitulée Abandon pourrait sans doute montrer le processus naturel de la matière en décomposition. Au lieu de cela, ces images produisent un effet comparable à celui qu’élabore notre imagination dans la contemplation des nuages : nous voyons se former – à travers les trous de feuilles mortes – un animal ou une forme humaine. Faisant écho au jeu de l’illusion et du rêve, ces photographies rappellent aussi les premières gravures de l’artiste. Tout comme pour la série Chimères.

Dans le dyptique Sillons, les photographies prises par l’artiste lors d’un séjour en Guadeloupe sont d’un esthétisme raffiné et produisent un semblable effet de mystère. Les structures évoquent autant les plis d’un tissu de haute couture que des raies de labour. A travers le changement d’échelle et un travail minutieux sur les contrastes, la photographe détourne le sens du sujet et place le spectateur devant une forme d’énigme.

Plusieurs autres photographies de l’artiste présentées dans cette exposition peuvent être appréhendées dans n'importe quel sens – ce qui n’est pas sans rappeler la fameuse série de photographies Equivalents de l’américain Alfred Stieglitz (1864-1946) réalisée depuis sa résidence d'été à Lake George (New York), en 1925. Caroline Sahlé quant à elle, travaille ses études de « givre » de la série Cristallisation, dans les paysages de Bourgogne où elle a un pied à terre. A la manière de Stieglitz, elle réussit à rendre visible le processus de la disparition des éléments constituant une image. Traduisant ainsi la continuité du ciel et du sol dans une exploration photographique toute personnelle où la terre opaque devient lumineuse et où la glace tranchante se fait dentelle légère.

Dans son œuvre, Caroline Sahlé est à la recherche d’une esthétique qui tend à traduire la beauté de la nature. Ses explorations photographiques nous rappellent qu’à l’instar de cette dernière, une image recèle tous les mystères possibles.

 

Géraldine Veyrat, historienne de l'art                                                                                                                   Genève, le 25 octobre 2018